Maïs chaud sous la pluie

Publié le par Silouane

Un vendredi de la fin de l’automne, il pleuvait à verse à Téhéran, mais cela n’empêchait pas des amoureux de se disputer sur un banc du parc Laleh, serrés sous un parapluie dans l’obscurité. Il était 17h36, les plus petites allées étaient recouvertes de boue. Près de l’étang central, l’écran géant diffusait un match de football. Quelques hommes ne craignaient ni le froid ni l’eau et regardaient le sport, abrités sous un auvent. Deux garçons, plus courageux encore, jouaient au badminton.

J’ai acheté dans un kiosque un cornet de maïs et de champignons chauds avec une sauce un peu piquante.

J’ai erré dans les allées d’un grand magasin, ouvert en ce jour de congé. Au rez-de-chaussée, j’ai essayé d’expliquer à un homme que l’article de bricolage que je tenais à la main venait d’un autre magasin ; je lui demandais si je pouvais rentrer. J’ai compris que je faisais erreur quand sa fille m’a interrompu pour savoir si des chips au vinaigre lui convenaient.

Le premier étage était dédié à l’électroménager. Il y avait beaucoup plus de vendeuses que de clients ; elles étaient assises derrière leur stand, coude appuyé sur la table et corps désaxé, visiblement ennuyées de faire à quelques rares promeneurs la démonstration d’un aspirateur bruyant ou d’un autocuiseur Moulinex. Au fond, de grands tapis industriels aux motifs floraux étaient accrochés à des présentoirs.

Dans les rues noires et semi-désertées, les phares des voitures, quand ils fonctionnaient, m’éblouissaient. Les trois employés du fast-food orange où j’achète parfois des pizzas regardaient le sol, assis chacun à une table en salle ; ils portaient sur leur nuque tout l’ennui d’une fin d’après-midi un vendredi.
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A
alors le vendredi les Iraniens aussi connaissent le dimanche et la pluie : le monde est petit, moulinex est grand
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