Démolisseurs afghans
Depuis trois semaines quatre ou cinq hommes afghans ont entrepris de détruire à la main un immeuble de trois étages situé sous ma fenêtre.
Les ouvriers du bâtiment en Iran sont majoritairement des kurdes ou des immigrés afghans ayant fui l’une des guerres qui a détruit leur pays. Ils travaillent dans des conditions de sécurité et de confort très mauvaises.
Les Afghans qui ont détruit l’immeuble sous mes yeux n’ont jamais été mieux armés que d’une pioche et d’une pelle. Ils sont vêtus d’une chemise et d’un pantalon ordinaires et portent des chaussures abîmées. Leur journée de travail commence vers 8h et se termine vers 20h, ils travaillent tous les jours sous le soleil et dorment dans une cabane dans la cour du chantier.
Ils ont d’abord détacher les tôles du toit pour les tordre et les jeter dans le terrain vague voisin. Puis ils ont désossé la charpente sur laquelle ils étaient juchés. Les grands coups qu’ils donnaient dans les poutres menaçaient de faire les faire dégringoler eux-même. Ils ont détruit de la même manière l’étage supérieur, en jetant les gravats à l’étage inférieur par les trous que la destruction provoquait. Une fois les deux étages supérieurs disparus, un homme s’est disposé au sommet d’un mur extérieur encore dressé, debout au milieu du vide. Il a commencé à donner des coups de pioche à quelques centimètres de ses pieds, et il a ôté les briques qu’il avait disjointes. Cette entreprise laborieuse a continué et à mesure que la fatigue de la journée le gagnait il se rapprochait du sol.


Parfois, ils boivent de l’eau à même une théière noircie par le feu et passent quelques instants au creux d’une brouette orange.
Je crois voir quelques années plus tard ces ouvriers afghans mendier le long de l’avenue Enqelâb en dévoilant sous un pantalon bouffant une jambe de bois.