Des jeunesses du Sud

Publié le par Silouane

Mohammad, 20 ans. Il travaille à l’hôtel Diplomat de Bandar-e Lengeh, port de faible importance du golfe Persique ; il porte donc une chemise blanche et un pantalon noir. Il est originaire d’une petite ville à trois heures vers les terres. On y parle une langue dont il ne connaît pas vraiment le nom. L’année dernière, il a échoué au concours national d’entrée à l’université, option Lettres. Il travaille depuis six mois comme serveur à l’hôtel, il retentera sa chance l’année prochaine. Pour l’instant il y a beaucoup de clients mais dès la fin des vacances de Nowrouz, le rythme va ralentir. On le loge à l’hôtel dans une chambre avec dix autres employés. L’hôtel est loin du centre ville, autant dire qu’il ne sort presque jamais. Il voit très peu d’étrangers, il n’a jamais vu de diplomates dans cet hôtel. Dans quinze jours il rentrera une semaine dans sa ville pour retrouver sa famille. Ensuite retour à Lengeh, tout enveloppé de la chaleur épaisse du golfe.

Arwin, 32 ans. Je l’ai rencontré dans la salle de petit déjeuner d’une « maison de voyageurs », c’est-à-dire un hôtel bon marché où les toilettes et les douches sont partagées. Il m’a préparé deux œufs au plat avec beaucoup d’huile. Il a retiré de la nappe cirée les restes d’un précédent petit-déjeuner. En nettoyant la table avec un chiffon mouillé, il a sali le coin d’une feuille de papier sur laquelle il s’entraînait à la calligraphie. C’est sa passion, me dit-il, mais il n’a jamais pris de cours. Entre deux petits-déjeuners il s’applique à recopier des caractères. Il a accroché au mur des posters encadrés par un ruban de scotch de couleur : un lion en vol saisissant un gazelle dans la savane, un homme torse nu très musclé sur une énorme moto, une image pieuse chiite représentant Hossein blessé, une miniature moderne peignant, tout en tourbillon, une musicienne en cheveux… Il a aussi calligraphié un écriteau invitant les clients à ne pas fumer.

Zacharia, 28 ans.
En cette fin d’après-midi il traîne dans la palmeraie de Minab. Il ne fait rien parce que l’emploi qu’il espérait trouver aujourd’hui a été donné à un autre. A mon âge je devrais faire des études, dit-il, mais à Minab les parents se désintéressent de la scolarité de leurs enfants, alors comme moi ils ne font rien. Il a une femme, un enfant de quelques mois. Sa maison est l’une de celles qui escaladent les flancs de la colline : briques, toits plats et ruelles tortueuses. Il a les dents jaunes et une hypotonie bucco-faciale, peut-être parce qu’il se drogue pour occuper l’oisiveté. A Minab il n’y a pas de travail, juste une usine de conserve de poisson et les travaux agricoles dans la palmeraie. Il espère que demain on l’emploiera comme travailleur journalier.
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