L'itinérance à l'iranienne (Nowrouz # 4)
Prenons une vile du sud de l’Iran, par exemple un port sur le golfe Persique. Prenons Bushehr disons, une ville semblable à d’autres : quelques maisons historiques témoignent de sa longue histoire, une juxtaposition de bâtiments modernes hétérogènes de son urbanisme incontrôlé. Il y a un bazar bien sûr, des rues un peu cabossées. Rajoutons le long de la mer une promenade coupée d’espaces verts, de jeux pour les enfants et de toilettes publiques. Cette ville aurait 200 000 habitants.
Imaginons maintenant que ce soit les vacances de Nowrouz, la nouvelle année iranienne, et que l’immense majorité des Iraniens soient en vacances.

Alors des milliers et des milliers de familles vont chaque soir installer leur tente et leur tapis de pique-nique sur la promenade et dans la ville. On dit que pendant ces quinze jours deux millions de touristes iraniens seront venus à Bushehr. Ils garent d’abord leur voiture, une Peykan ou un truck Iran Khodro pour les moins riches et une Pride, une Samand ou une étrangère quand le revenu augmente, à proximité de l’emplacement de leur choix. Ils déroulent ensuite une natte et y dressent leur tente, de celles qui se déplient en trente secondes et que Médecins du Monde avait donné aux sans domiciles parisiens. Ils y entreposent les oreillers et couvertures qui leurs serviront de couchage et allument leur petit réchaud à gaz pour préparer le thé. Ils fumeront éventuellement une pipe à eau, prépareront des œufs au plat pour le petit déjeuner ou un repas plus sophistiqué. Il y a ainsi des tentes à l’infini à Bushehr, collées les unes aux autres, et certaines ont d’étranges emplacements : la pelouse au milieu d’un rond-point, le bas-côté d’une voie rapide, la plate-forme d’un vieux camion remorque.
En comparaison de l’affluence, les infrastructures sont peu nombreuses. Des queues se forment devant les réservoirs d’eau potable installés pour l’occasion, les toilettes et les bains publics. L’ambiance reste malgré tout joyeuse.

Le soir venu, les jeunes déambulent sur la promenade avec mille apprêts. On voit aux pieds des filles des chaussures à talons et, par l’avant et par l’arrière de foulards transparents, dépasser des mèches de leurs cheveux. Des garçons gominent et dressent les leurs et exhibent sous des t-shirts moulants les fruits de la musculation. Par endroits, furtivement, quelques danses s’esquissent, rythmés par des coups de paumes sur un bidon.
La loi interdisant à des groupes de jeunes de sexes variés de voyager ensemble, ce sont presque exclusivement des familles qui pratiquent ce genre de tourisme. Si elles semblent plutôt issues des classes moyennes et populaires provinciales, elles sont de styles variés. Des familles très religieuses, femmes tchadori et prière à l’heure dévolue, cohabitent avec une grande majorité de familles moins traditionnelles, femmes en manteau et en foulard de couleurs, ne pratiquant pas publiquement la prière. J’ai vu aussi des familles aux femmes en robe longue multicolore, vraisemblablement des nomades qachqaï retrouvant, le temps des vacances de Nowrouz, l’itinérance.

Vers 3h du matin dans la ville endormie, on aperçoit quelques uns qui ont choisi la belle étoile - hommes, femmes, enfants serrés à dix sur un tapis et sous leurs couvertures tandis que s’éteignent les rires des balançoires.
Imaginons maintenant que ce soit les vacances de Nowrouz, la nouvelle année iranienne, et que l’immense majorité des Iraniens soient en vacances.

Alors des milliers et des milliers de familles vont chaque soir installer leur tente et leur tapis de pique-nique sur la promenade et dans la ville. On dit que pendant ces quinze jours deux millions de touristes iraniens seront venus à Bushehr. Ils garent d’abord leur voiture, une Peykan ou un truck Iran Khodro pour les moins riches et une Pride, une Samand ou une étrangère quand le revenu augmente, à proximité de l’emplacement de leur choix. Ils déroulent ensuite une natte et y dressent leur tente, de celles qui se déplient en trente secondes et que Médecins du Monde avait donné aux sans domiciles parisiens. Ils y entreposent les oreillers et couvertures qui leurs serviront de couchage et allument leur petit réchaud à gaz pour préparer le thé. Ils fumeront éventuellement une pipe à eau, prépareront des œufs au plat pour le petit déjeuner ou un repas plus sophistiqué. Il y a ainsi des tentes à l’infini à Bushehr, collées les unes aux autres, et certaines ont d’étranges emplacements : la pelouse au milieu d’un rond-point, le bas-côté d’une voie rapide, la plate-forme d’un vieux camion remorque.
En comparaison de l’affluence, les infrastructures sont peu nombreuses. Des queues se forment devant les réservoirs d’eau potable installés pour l’occasion, les toilettes et les bains publics. L’ambiance reste malgré tout joyeuse.

Le soir venu, les jeunes déambulent sur la promenade avec mille apprêts. On voit aux pieds des filles des chaussures à talons et, par l’avant et par l’arrière de foulards transparents, dépasser des mèches de leurs cheveux. Des garçons gominent et dressent les leurs et exhibent sous des t-shirts moulants les fruits de la musculation. Par endroits, furtivement, quelques danses s’esquissent, rythmés par des coups de paumes sur un bidon.
La loi interdisant à des groupes de jeunes de sexes variés de voyager ensemble, ce sont presque exclusivement des familles qui pratiquent ce genre de tourisme. Si elles semblent plutôt issues des classes moyennes et populaires provinciales, elles sont de styles variés. Des familles très religieuses, femmes tchadori et prière à l’heure dévolue, cohabitent avec une grande majorité de familles moins traditionnelles, femmes en manteau et en foulard de couleurs, ne pratiquant pas publiquement la prière. J’ai vu aussi des familles aux femmes en robe longue multicolore, vraisemblablement des nomades qachqaï retrouvant, le temps des vacances de Nowrouz, l’itinérance.

Vers 3h du matin dans la ville endormie, on aperçoit quelques uns qui ont choisi la belle étoile - hommes, femmes, enfants serrés à dix sur un tapis et sous leurs couvertures tandis que s’éteignent les rires des balançoires.
Publicité