Un port du Nord

Publié le par Silouane

A l’angle sud-ouest de la mer Caspienne attend le port d’Anzali. J’en suis tombé épris en mars 2008.

Je me trouvais dans une voiture remplie d’amis, d’olives, d’ail mariné et de désordre. Lorsqu’on est arrivé à Bandar-e Anzali (le port d’Anzali), nous étions quatre sur la banquette arrière et je dormais sur les genoux des autres. J’ai entendu une clameur dans la voiture, je me suis redressé avec précipitation et devant moi :


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Un port de commerce sur la mer Caspienne. Mon rêve n’avait pas été aussi beau.


Plus loin des poutres métalliques dessinent dans le ciel une coupole. C’est ainsi que l’on construit les mosquées, me dis-je, en remplissant soigneusement les espaces libres. A cette heure je la préfère inutile cette coupole, avec ses segments qui en s’unissant s’arrondissent.


Je suis tout à fait réveillé dans la barque à moteur qui nous mène sur la lagune (mordâb, c’est-à-dire « eau morte »), trente hectares inondés par deux mètres d’eau environ. C’est l’eau de la Caspienne qui se repose ici, elle a rejoint les lieux par une passe sous le port d’Anzali. Après la Révolution elle a monté de quelques mètres, inondant les îles et contraignant les habitants à quitter leurs maisons sur pilotis. Une enfilade de bicoques de bois enfonce par la droite ou par la gauche et je sens le passé qui se noie.


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La lagune est plantée de grands joncs ; les espaces qu’ils n’occupent pas constituent les méandres que nous empruntons. L’hiver se termine à peine et l’eau n’est pas encore couverte de nénuphars comme on le décrit dans les guides touristiques. Quand on tape avec le plat de la main sur la barque, le bruit effraie les oiseaux qui s’envolent par nuées. On me dit : « Prends une photo, vite » et j’en prends des dizaines. Des rapaces surplombent la scène avec une indifférence feinte, ils sont à l’affût de cadavres que des chasseurs hors-la-loi (pour cause de grippe aviaire) ont laissés se perdre au milieu des joncs.


La barque nous accompagne jusqu’au port de commerce où les grues chargent les cargos russes. Un bateau de croisière est à quai depuis plusieurs années, il reliait autrefois l’Iran à Bakou. En face le port militaire, des bateaux gris et des hangars immenses. Les mouettes s’emparent d’un navire abandonné comme pour se rappeler Istanbul.


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Sur terre le port d’Anzali a un palais de justice construit à l’époque de Nasreddin Shah dont la façade est toute de stuc ornée. Le bâtiment est aujourd’hui condamné et un marchand d’articles en osier a investi son rez-de-chaussée ; j’ai l’étrange impression d’être à Cuba. Sur le trottoir d’en face une minuscule église arménienne se serre entre deux maisons.


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Dans le bazar d’Anzali, il y a des hommes qui proposent à mi-voix du caviar clandestin comme à Barbès on propose des Marlboro, des vendeurs de poissons occupés à leur couper le ventre, des poires conservées dans de la saumure, des vêtements et des chaussures chinois, des herbes de toutes sortes par brassées, de très bonnes olives.


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Et des marins en permission qui déambulent.


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P
ou alors, ces mouettes seraient plutôt un pressentiment d'Istanbul...<br /> <br /> j'aime bien relire ton blog, pour savoir à quel point je m'en sers dans le mien
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K
"Pssst, Beluga, pas cher, bon Beluga" dit le vendeur à la sauvette, en fourrant une poignée noirâtre gluante dans la poche du badaud.<br /> Ma thèse d'hydrographie sera consacrée à la corrélation entre Révolution islamique et montée des eaux (voire fonte de la calotte glaciaire).
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