Vêtues
Vers 19h30 avec deux amis iraniens, j’étais dans un quartier un peu chic de Téhéran. Nous mangions sur le trottoir des glaces « Vitaminé », celles pleines de bananes, ananas et noix de tout genre dont j’avais parlé dans un précédent billet. Nous étions sur le trottoir d’un très bon glacier et il y avait une quinzaine de personnes qui faisaient la queue ou mangeaient leur achat. Moins que d’habitude, me disait-on.
C’était peut-être à cause des hommes en uniformes et des femmes en tchador qui étaient un peu plus loin dans la rue. Je les ai vus quand la jeune fille qu’ils saisissaient a commencé à parler fort et à exprimer son désaccord. Ils lui reprochaient d’avoir un manto trop court, ou c’était peut-être le voile qui ne la couvrait pas assez. Toujours est-il que malgré ses implorations, les deux femmes en tchador l’ont saisie par les bras et l’ont emmenée dans une fourgonnette de police garée plus loin. Elle devra passer une nuit en garde à vue et ne sortira que lorsque ses parents viendront la chercher. On lui confisquera aussi le manto trop court et ses parents seront priés d’amener un tissu plus décent pour la vêtir en sortant.
Plus tard, nous pénétrons dans un centre commercial branché quelques mètres plus loin. Les boutiques, par leur décoration et les vêtements qu’elles proposent, rivalisent sans peine avec des magasins de vêtements parisiens. Plusieurs choses retiennent mon attention. D’abord dans tous ces magasins pour les femmes la vente est assurée par des hommes, souvent vêtus de pantalons moulants et de t-shirts semblables, avec les cheveux dressés sur la tête comme les vendeurs des Halles à Paris. Il y a aussi une boutique de lingerie féminine. Elle est interdite aux hommes mais dans la vitrine pendent des nuisettes joliment présentées. Et au travers des portes d’autres magasins, je vois des femmes, têtes dévêtues, en train de faire les essayages de luxueuses copies de foulards Dior ou Channel.