Dimanche 17 février 2008
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11 février 2008 : 29 ans plus tôt, c’était la révolution.
L’avenue Enqelâb (« Révolution ») déverse son flot de piétons dans la place Azadi (« Liberté ») où à 11h le président de la République Islamique d’Iran,
Mahmoud Ahmadinejad (littéralement « De la race des seigneurs »), prononce un discours commémoratif, prospectif et fédérateur. La foule en houles serrées a bloqué l’accès au lieu du discours
dès 10h. Il y aurait entre un et trois millions de personnes convergentes. J’en suis, j’écoute par haut-parleur les chants révolutionnaires puis le président.
Autour de moi, les femmes sont presque toutes
enveloppées de tchadors, les hommes plus que d’ordinaire portent la barbe et la chemise à l’extérieur du pantalon. Autant de signes qui traduisent une population populaire et religieuse,
vraisemblablement du Sud de Téhéran ou des villes voisines.
Des pancartes Marg bar Amerika (mot à mot « Mort à l’Amérique », mais plus justement « A bas l’Amérique »), Marg bar Israel et d’autres proclamant la
reconnaissance du peuple iranien pour l’Imam Khomeiny ont été distribuées. Un des slogans, par l’audace de sa coquille, attire mon attention.
La commémoration a aussi des allures de kermesse. Un homme harnaché marche à l’horizontal sur la façade de la banque Tejarat. Une centaine de mètres plus loin, une tyrolienne permet de
traverser l’avenue Enqelâb par les airs, les pieds au nez de la foule. Des camions publicitaires distribuent des barres chocolatées à des attroupement massés et mains levés, des stands
fournissent des brochures sur la grippe aviaire et le sida, d’autres des fascicules religieux. Il y a aussi de nombreux marchands de ballons.
Dans un stand on peut jeter des pierres de polystyrène à des mannequins de Bush et de Reagan.
Les petites filles sont maquillées en lion et les vaches Milka ont au milieu de la foule une présence remarquée.
Ma compréhension imparfaite du persan m’empêche d’avoir une appréciation juste de l’enjeu politique du discours et du rassemblement. Il n’y a en tout cas aucune hostilité de la foule à l’égard de
l’étranger que je suis.
Une fois le discours finit, alors que la foule reflue vers la place Enqelâb, des vendeurs ambulants s’installent au coin des rues et des attroupements plus denses encore se créent autour
de lots de textile chinois et d’instruments à émincer les légumes.
La municipalité de Téhéran, en attente d’une réélection, fait démonstration de sa force de nettoyage avec ses cohortes de balayeurs armés au coin des rues pour ramasser par milliers des écriteaux
Marg bar Amerika.
Par Silouane
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