Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /2008 13:51

baudruche.JPG Jeudi 18 janvier, 11h du matin, Qom. Les processions défilent sur l’avenue centrale. Des traînées rouges sont au sol régulièrement espacées. Pour vivre dans leur corps le martyr de Abolfazl, des hommes vêtus de noir frappent leur poitrine ou fouettent leurs omoplates au moyen d’un zandjir, chaînes métalliques assemblées à un manche en bois. D’autres portent à tour de rôle une structure métallique très lourde ornée de sculptures d’animaux et de plumes. Ils vacillent, et tout autour des mains empêchent leur chute. Des garçons déguisés en arabe symbolisent Abolfazl et distribuent de leur cruche l’eau aux hommes des processions. Le bruit des tambours et celui des coups sur les corps s’amplifient à mesure que l’on s’approche du mausolée, la prédication se fait plus émouvante, la foule s’épaissit encore. ---plume.jpg Quand les processions franchissent la porte d’Hazrat-e Masumeh, sur les joues je vois plusieurs larmes couler.

Vendredi 19 janvier, 13h, centre de Téhéran. La ville est presque éteinte. Tous les commerces sont fermés et les rues sont désertes. Au loin une rumeur : on s’approche, flairant une procession. Seules une trentaine d’hommes et une vingtaine de femmes composent la procession. Ici, le deuil est calme. Les hommes se frappent symboliquement la poitrine. Un enfant agite un petit zandjir comme s’il s’agissait d’un hochet. Les femmes qui suivent la procession sont pour la plupart jeunes et vêtues d’un manto et d’un voile sombre porté à la manière d’une actrice américaine. Elles ont des lunettes de soleil de marque, j’ai l’impression d’assister à l’enterrement de Lady Diana.

Selon les Téhéranais, les cérémonies d’Achoura et de Tassoua sont cette année beaucoup plus calmes que les années précédentes. A cela une raison d’un abord étonnant : le gouvernement a mis un frein à l’organisation des processions, par exemple en soumettant à autorisation l’établissement des hyat, ces tentes dans lesquelles sont distribués les repas d’offrande. Pourquoi un gouvernement religieux limite-t-il la célébration d’une fête religieuse ?

PC208765.JPG Pour le comprendre, il faut savoir que les processions d’Achoura sont historiquement un lieu de drague en Iran. Filles et garçons s’y retrouvent en effet avec un contrôle limité des parents. D’autre part, cette cérémonie a pris au cours des dernières années des allures de plus en plus festives avec ses plumes, ses jeux de force, ses déguisements. Les Téhéranais avaient investi le souvenir du deuil de Hossein d’une ferveur collective un peu trop joyeuse, les autorités leur ont rappelé les règles de la vie publique en Iran.

 

Par Silouane
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Commentaires

Ton blog est le premier dans la laungue française que j' ai déjà lu. Il est très intéressent, lire des articles sur mon pays de point de vue d' individue qu'il n'est pas iranian . Il me rappele les Memoires(safar-nameh en persan) que les voyageures ont ecrit. Je suis sur que j' apprendrai bcp de " quetidien à Téhéran" . J'ai l' ajouté à mon blog"talfiigh"(composition en français).
Commentaire n°1 posté par Mércédé le 24/01/2008 à 20h35
Merci. Je vais voir ton blog de ce pas.
A bientôt,
Réponse de Silouane le 25/01/2008 à 15h21

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