Jeudi 18 janvier,
11h du matin, Qom. Les processions défilent sur l’avenue centrale. Des traînées rouges sont au sol régulièrement espacées. Pour vivre dans leur corps le martyr de Abolfazl, des hommes vêtus de
noir frappent leur poitrine ou fouettent leurs omoplates au moyen d’un zandjir, chaînes métalliques assemblées à un manche en bois. D’autres portent à tour de rôle une structure
métallique très lourde ornée de sculptures d’animaux et de plumes. Ils vacillent, et tout autour des mains empêchent leur chute. Des garçons déguisés en arabe symbolisent Abolfazl et distribuent
de leur cruche l’eau aux hommes des processions. Le bruit des tambours et celui des coups sur les corps s’amplifient à mesure que l’on s’approche du mausolée, la prédication se fait plus
émouvante, la foule s’épaissit encore.
Quand les processions franchissent la porte d’Hazrat-e Masumeh, sur les joues je vois plusieurs
larmes couler.
Vendredi 19 janvier, 13h, centre de Téhéran. La ville est presque éteinte. Tous les
commerces sont fermés et les rues sont désertes. Au loin une rumeur : on s’approche, flairant une procession. Seules une trentaine d’hommes et une vingtaine de femmes composent la
procession. Ici, le deuil est calme. Les hommes se frappent symboliquement la poitrine. Un enfant agite un petit zandjir comme s’il s’agissait d’un hochet. Les femmes qui suivent la
procession sont pour la plupart jeunes et vêtues d’un manto et d’un voile sombre porté à la manière d’une actrice américaine. Elles ont des lunettes de soleil de marque, j’ai
l’impression d’assister à l’enterrement de Lady Diana.
Selon les Téhéranais, les cérémonies d’Achoura et de Tassoua sont cette année beaucoup plus calmes que les années précédentes. A cela une raison d’un abord étonnant : le gouvernement a mis
un frein à l’organisation des processions, par exemple en soumettant à autorisation l’établissement des hyat, ces tentes dans lesquelles sont distribués les repas d’offrande. Pourquoi un
gouvernement religieux limite-t-il la célébration d’une fête religieuse ?
Pour le
comprendre, il faut savoir que les processions d’Achoura sont historiquement un lieu de drague en Iran. Filles et garçons s’y retrouvent en effet avec un contrôle limité des parents. D’autre
part, cette cérémonie a pris au cours des dernières années des allures de plus en plus festives avec ses plumes, ses jeux de force, ses déguisements. Les Téhéranais avaient investi le
souvenir du deuil de Hossein d’une ferveur collective un peu trop joyeuse, les autorités leur ont rappelé les règles de la vie publique en Iran.
Par Silouane
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Il y a quatorze siècles Hossein, troisième imam de l’islam chiite, mourrait en martyr le dixième jour du mois de moharram dans Kerbala assiégée
par les troupes du calife Yazid. La veille, ces mêmes soldats avaient tranché les mains de son compagnon Abolfazl qui,
vaillant, avait continué à se battre.
L’Iran se remémorait leur deuil, qui achevait de séparer sunnites et chiites, le 18 et le 19 janvier 2008 :
Coming soon : le récit de ces célébrations à Qom, centre théologique de l'islam
chiite, et à Téhéran.
Par Silouane
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