Mercredi 13 février 2008

A peine assis, un échanson en livrée bordeau (le code couleur a de l'importance en ce lieu) s’approche de vous muni d’une petite caisse contenant des boissons de toutes sortes. Vous n’avez qu’à choisir :

  • dough (yaourt liquide et salé),
  • delester (bière sans alcool éventuellement parfumé au citron ou à la pêche),
  • eau minérale,
  • nouchabé (coca-cola, sprite ou fanta ou leur équivalent iranien).
Vient ensuite un homme en livrée blanche. C’est lui le maître de salle, lui qui vous dira peut-être dans quelques mois que vous lui manquez si, comme Granganga, vous venez ici plus de deux fois par semaine. Il prend votre commande avec professionnalisme.
Ensuite c’est au tour d’un autre garçon de salle en livrée bordeau. Il apporte sur un plateau autant d’assiettes de soupe, de salade, de yaourt à l’échalote et d’olives qu’il y a de convives sur la table. Vous avez le droit de choisir ce qui vous plaît, et vous le laissez repartir avec ce qui ne vous convient pas.
Une quinzaine de minutes plus tard les plats arrivent par la main du maître de salle (vous le reconnaîtrez, c’est le seul en livrée blanche). D’un œil vous voyez quelques garçons de cuisine (livrée verte) occupés à faire disparaître les reliefs sur une table voisine, et ils réagencent avec minutie salière, poivrier, cendrier et fleurs.



Une fois le repas terminé, le maître de salle vous apportera la note en précisant qu’elle ne vaut pas l’honneur que vous lui avez fait en venant manger dans ce restaurant. Vous décidez de payer tout de même (environ quatre euros par personne) en vous rendant auprès du vieil homme près de la porte d’entrée. C’est le seul à n’avoir pas de livrée. Quand vous quitterez les lieux, il vous saluera d’un « Bienvenu », vous invitant à venir goûter les charmes de la répétition.

Par Silouane
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Mardi 12 février 2008
Le restaurant rouge, c’est une institution de la rue Kâregar. A la porte vitrée c’est d’abord un écriteau qui vous accueille : « Ghazâ hâzer ast » (Le repas est prêt), vous pouvez donc entrer. Immédiatement sur votre gauche il y a un vieil homme assis derrière une table qui se réchauffe les mains près d’un radiateur électrique (ceux qui ressemblent à des grilles pains). Vous comprendrez sa fonction plus tard. Vous choisissez votre table parmi la quarantaine que compte cette grande salle à manger. Les critères du choix sont les suivants :
  • proximité du chauffage (cela détermine également la proximité de la porte d’entrée, pôle froid de la pièce),
  • proximité de la télévision qui diffuse tantôt des téléfilms coréens en costume tantôt des films d’action iraniens,
  • proximité de la cuisine (cela détermine le niveau de tranquillité),
  • proximité du grand lustre de simili cristal.
Quelle que soit la table que vous aurez choisi, le mur le plus proche supportera un long miroir qui vous permettra de vérifier la bienséance de votre tenue avant de commencer à manger. La chaise sur laquelle vous vous asseyez est d’une sorte de skaï rouge sombre, la nappe est rouge également, elle est recouverte d’un plastique transparent. Salière, poivrier, cendrier et quatre fleurs en plastique dans un petit vase sont déjà déposés sur la table. A la jonction du pétale et de la tige pend une étiquette « Christian Dior ».
Par Silouane
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Lundi 11 février 2008

« Est-ce que vous pourriez dire à votre ami qu’il me manque beaucoup? »

C’est ainsi que le maître de salle du restaurant rouge a interrompu une de mes bouchées de ragoût de viande aux herbes. J’avais pris l’habitude de m’installer avec mon ami scandinave dans la grande salle de ce restaurant de quartier, à la table située exactement entre le poêle à gaz et l’immense lustre de verre à l’allure de paquebot. Granganga, mon ami nordique, avait fui Téhéran pour se réchauffer dans ses terres, épargnées cette année par un froid dont je subissais ici la rigueur. Le maître de salle a repris : « Je vous aime beaucoup aussi, mais dîtes lui qu’il me manque. Et quand reviendra-t-il ? »

Par Silouane
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Samedi 9 février 2008
De loin et vu du ciel, ce sont des ombres mouvantes sur la rue Chânzdah Azar. Quand on s’approche, c’est une parade de jeunes filles et de femmes en tchador. Plus près encore, on peut lire les slogans sur les pancartes : « Le hedjâb est la parure de la femme ». Lorsque la parade arrive près de l’entrée latérale de l’Université, lieu de la grande prière du vendredi à Téhéran, les jeunes filles rendent les pancartes et les banderoles à des adultes. Les bus qui les ont amenées en groupe les attendent plus loin. Les jeunes filles rigolent en nous voyant les regarder. Elles tiennent avec négligence leur banderole, ce qui gêne la lecture. Deux d’entre elles agitent la leur en rythme avec excitation comme des supporters de foot, et elles rient. Elles ont un sac à main ou un sac en bandoulière (parfois rose, parfois non), au pied des Adidas fines et colorées et sous le tchador, qui s’ouvre au gré du vent, des tenues plus ou moins élégantes.

C’était vendredi à 11h en plein centre de Téhéran.


Dans le café Godot, ses mains couvertes de mitaine en laine noire nouent des fils de couleurs dont les extrémités sont attachées par une épingle à nourrice à la nappe. L’objet qu’il réalise se situe entre le bracelet brésilien et le napperon en crochet. Il a les cheveux bouclés assez courts, une barbe noire (15 jours – 3 semaines) et une nez grec. Au pied des sortes de Converse marron (vraisemblablement une imitation chinoise, comme celle que nous achetons en France). Un jean assez commun. Un pull de coton blanc cassé avec de fines rayures bleues (au niveau du col le tissu a été usé par des lavages nombreux), il en a remonté les manches. Autour du cou une sorte d’écharpe en laine rustique. Il est assis à une petite table avec quatre amis. Pendant qu’il écoute la conversation, ses mains travaillent avec rapidité. La café est chaleureux : au mur des photos de Beckett et de ses pièces de théâtre, sur les tables des nappes rouge, verte et jaune, du bois un peu partout et dans l’air du jazz ou Mohsen Namjou, un chanteur à moitié interdit.

C’était vendredi 17h en plein centre de Téhéran.
Par Silouane
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Vendredi 8 février 2008
Il y eut il y a vingt-neuf ans une vacance du pouvoir en Iran. C’était après le départ du roi et avant le retour de l’imam Khomeyni dans un avion affrété par la France, dix jours qui furent ici qualifiés d’aube, l’aube de la République Islamique d’Iran. Chaque année, le festival de l’aube, festival international de cinéma et de théâtre, commémore ces dix jours d’espoir.

Il y a deux manières d’obtenir un billet pendant le festival : se placer à la suite des longues queues qui se forment devant les cinémas et les théâtres de Téhéran et attendre dans le froid, ou bien faire du pârtibâzi, c’est-à-dire jouer de ses relations dans le milieu du cinéma ou de la presse. Hélas à cette période de l’année, mon ami projectionniste du cinéma Sepideh ou Felestin ne répond plus au téléphone.


Les projections sont regroupées en différentes catégories, parmi lesquelles : « Panorama du cinéma géorgien indépendant », « A la recherche de la vérité » (concours de cinéma spirituel), « Le cinéma palestinien, aspect de la résistance », une rétrospective Ingmar Bergman, « L’œil de la réalité » (films documentaires)…


Des films de nationalités très variées sont présentés : Etats-Unis, Chine, Pologne, Hongrie, Russie, Allemagne, Hong-Kong, Japon, Taiwan, Suède, Norvège, Canada, Lituanie… La France est presque absente cette année avec un seul film en compétition : « Très bien, merci », alors que les films américains s’affichent. On a ôté de chaque film les scènes qui pourraient heurter la sensibilité. A l’issue des représentations, les spectateurs sont invités à glisser un bulletin dans une urne afin de déterminer le prix des spectateurs.
Par Silouane
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Mardi 5 février 2008
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Vendredi, nous avons fait la quasi-ascension du mont du Plaisir, un sommet qui surgit au-delà des dernières maisons du nord-ouest de Téhéran.

Sur les flancs du mont du Plaisir, j’ai vu dans l’ordre :


la beauté de la nature et l’espace de liberté qu’elle offre.


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le halo grisâtre qui entoure Téhéran et que l’on nomme pollution. Il donne envie de fuir.


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le « jeep tehran club » qui rassemble des passionnés de 4*4. Ils jouent à s’enneiger en vrombissant puis ils prennent sur le capot de leur engin du thé, du pain et du fromage (semblable à de la feta).


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un club de parapente de Téhéran. Les parapentistes s’élançaient vers la pollution avec entrain.

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une voiture arrêtée à la limite où la route devenait impraticable. Les sièges avant étaient penchés vers l’arrière, et deux silhouettes se sont dressées à notre passage. Nous les avions dérangées.

 


des chambres à air de camion glissant sur la pente. Parfois leur passager était éjecté ce qui provoquait les rires du reste de la famille, occupée à pique-niquer plus bas.

Par Silouane
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Dimanche 3 février 2008

Il y a à proximité de Téhéran plusieurs stations de ski de piste. La plus grande est celle de Dizin, elle est située sur la route qui relie Téhéran à la mer Caspienne en passant par le massif de l’Alborz. Les ingénieurs français l’ont construite avant la révolution.

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Sur le parking de la station de ski, il y a beaucoup de Peugeot 206. C’est la voiture à la mode chez la jeunesse argentée du nord de Téhéran. Par les portes des 206 sortent des garçons aux cheveux dressés et à la combinaison Quick Silver et des filles avec beaucoup de rouge à lèvre. Il fait –12 degrés.

Il est possible de louer du matériel : 14,70 euros pour des skis paraboliques, 11,02 euros pour des vieux skis droits. Le forfait coûte 12,50 euros la journée. C’est cher pour les classes moyennes iraniennes, mais pas grand chose pour ceux, relativement nombreux, qui ont les moyens d’acheter un Iphone au marché noir bien avant sa sortie européenne.

Le ski en Iran, c’est à-peu-près comme le ski en France : on prend un télécabine bruyant (bulles de quatre personnes), on monte, on met ses skis et on descend. Néanmoins : 
  • Les skieurs sont peut-être plus jeunes et branchés ici.
  • Les filles ne portent ni voile ni tunique mais le bonnet est obligatoire en tout lieu (des mèches nombreuses en sortent néanmoins).
  • De grands panneaux publicitaires pour Benetton sont disposés au bas des pistes.
  • La queue pour accéder à l’un des trois télécabines est non-mixte.
  • Le haut des pistes est situé à 3750 mètres d’altitude. Aussi, malgré les 7 pulls (tous ceux que j’ai amenés en en Iran) et les 3 pantalons dont je me suis couvert, je délaisse les télésièges pour les télécabines.

Au milieu de la journée, les skieurs se dirigent vers le restaurant d’altitude. On y mange pour 3,67 euros (à peine plus cher qu’à Téhéran) un menu hamburger-frite-coca-cola. Il n’y a pas d’autres choix. Un acteur de cinéma, de ceux dont la tête et les yeux bleus s’affichent en grand format dans les rues de Téhéran pour faire rêver les jeunes filles, mange incognito à la table voisine. Au fur et à mesure que l’anonymat de la combinaison de ski se dissipe, je découvre quelques tables d’expatriés, vraisemblablement salariés de l’industrie automobile ou pétrolière. Parmi eux les Français, bien entendu, critiquent.

L’image que je retiendrai de cette journée, c’est une jeune fille au pantalon moulant et aux belles boucles empruntant le télécabine avec, aux pieds, des chaussures de skis et au bras un sac à main de cuir. Derrière elle, le Damavand surplombe à 5671 mètres d’altitude une foule de sommets enneigés.


Par Silouane
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Jeudi 31 janvier 2008
A proximité de l’Université de Téhéran, un enfant d’une dizaine d’années fait ses devoirs assis par terre dans la rue. A son côté il y a une balance. Les passants lui donnent parfois de l’argent après s’être pesés. 

J’ai pensé que l’Iran était un pays bien extraordinaire pour que les petits mendiants dans ses rues fassent leurs devoirs.

J’ai appris que les adultes qui demandent à cet enfant de mendier lui demandent de faire en même temps ses devoirs. Cela attendrit les Iraniens, très sensibles à l’importance de l’éducation, et augmente les recettes de la mendicité.

Par Silouane
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Mardi 29 janvier 2008
Le quotidien à Téhéran est truffé de moments tels que ceux-ci.

Le 16 janvier, je visitais avec des amis étrangers le mausolée Abdolazim à Rey, ville autrefois plus importante que Téhéran et aujourd’hui petit morceau de sa banlieue. Comme il est de coutume, un bazar jouxtait le lieu saint. Sa partie principale était constituée d’un bâtiment de deux étages avec des arcades et des colonnes joliment décorées. Dans les échoppes, on trouvait des vêtements fabriqués en Chine, des confiseries, des articles religieux, des souvenirs… A l’étage supérieur, un supermarché de taille moyenne a attiré notre attention. Quelques minutes après que nous avons commencé à déambuler dans les rayons, un homme est venu à notre rencontre. Après les questions d’usage sur notre origine et la raison de notre venue en Iran, la conversation s’est orientée sur le thème de la grande distribution. Notre interlocuteur, bientôt rejoint par son collègue, était inquiet de savoir si son supermarché était du niveau de ceux que l’on trouve en Europe. Nous lui avons longuement décrit nos grandes surfaces, très comparables dans leur aménagement à celle où nous étions. Puis nous avons disserté sur les produits présents ici et absents ailleurs. Quelques minutes plus tard, le gérant du magasin est revenue avec un stylo pour chacun et un verre d’eau à l’essence de menthe, boisson utilisée comme médecine douce.


Le 14 janvier, je me rends vers 22h30 dans un fast-food en plein centre de Téhéran. L’endroit est désert et très vite la conversation s’engage avec le caissier. Il commence à dénoncer avec virulence  l’absence d’éducation des Iraniens. « Nous avons des ruines, une histoire très longue, me dit il, mais nous ne savons pas parler anglais et utiliser correctement les nouvelles technologies ». Comme de nombreux jeunes Iraniens, il connaît très bien les grandes pages de l’histoire de son pays. Il remercie les archéologues français d’avoir pillé l’Iran de ses trésors archéologiques. « Au moins ils sont bien conservés au Louvre, dit-il. Ici nous sommes incapables de préserver notre patrimoine historique ». Puis il déplore la difficulté d’avoir un visa de tourisme pour la France. Je lui explique que la France sélectionne sur l’argent, qu’elle est obsédée par les migrations de pauvres. Il fait alors la liste de tous ses avoirs, il possède notamment ce fast-food très bien situé. Néanmoins, alors que son frère est à Paris, on lui a refusé un visa de tourisme. Il ne désespère pas d’y aller un jour cependant. La conversation arrive vite, comme d’habitude, à la politique. Il ne comprend pas pourquoi nous faisons des manifestions en France puisque nous avons élu notre président démocratiquement quelques mois auparavant. Il a une réflexion approfondie sur les limites de la démocratie. Ensuite je mange mon hamburger.
Par Silouane
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Lundi 28 janvier 2008
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Par Silouane
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