Jeudi 28 février 2008
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Mercredi 27 février 2008
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Mardi 26 février 2008
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Lundi 25 février 2008
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Dimanche 24 février 2008
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Samedi 23 février 2008
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Vendredi 22 février 2008
D'abord Téhéran est grise. Au gré des trajets en taxi collectif, on découvre peu à peu le long des autoroutes et près des grandes places des fresques. Voici un florilège.


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Par Silouane
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Mardi 19 février 2008
Ils faisaient parti, le 11 février 2008, des Iraniens venus commémorer l'anniversaire de la Révolution islamique.

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Dimanche 17 février 2008
11 février 2008 : 29 ans plus tôt, c’était la révolution.

L’avenue Enqelâb (« Révolution ») déverse son flot de piétons dans la place Azadi (« Liberté ») où à 11h le président de la République Islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad (littéralement « De la race des seigneurs »), prononce un discours commémoratif, prospectif et fédérateur. La foule en houles serrées a bloqué l’accès au lieu du discours dès 10h. Il y aurait entre un et trois millions de personnes convergentes. J’en suis, j’écoute par haut-parleur les chants révolutionnaires puis le président.

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Autour de moi, les femmes sont presque toutes enveloppées de tchadors, les hommes plus que d’ordinaire portent la barbe et la chemise à l’extérieur du pantalon. Autant de signes qui traduisent une population populaire et religieuse, vraisemblablement du Sud de Téhéran ou des villes voisines.

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Des pancartes Marg bar Amerika (mot à mot « Mort à l’Amérique », mais plus justement « A bas l’Amérique »), Marg bar Israel et d’autres proclamant la reconnaissance du peuple iranien pour l’Imam Khomeiny ont été distribuées. Un des slogans, par l’audace de sa coquille, attire mon attention.


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La commémoration a aussi des allures de kermesse. Un homme harnaché marche à l’horizontal sur la façade de la banque Tejarat. Une centaine de mètres plus loin, une tyrolienne permet de traverser l’avenue Enqelâb par les airs, les pieds au nez de la foule. Des camions publicitaires distribuent des barres chocolatées à des attroupement massés et mains levés, des stands fournissent des brochures sur la grippe aviaire et le sida, d’autres des fascicules religieux. Il y a aussi de nombreux marchands de ballons.


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Dans un stand on peut jeter des pierres de polystyrène à des mannequins de Bush et de Reagan.


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Les petites filles sont maquillées en lion et les vaches Milka ont au milieu de la foule une présence remarquée.


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Ma compréhension imparfaite du persan m’empêche d’avoir une appréciation juste de l’enjeu politique du discours et du rassemblement. Il n’y a en tout cas aucune hostilité de la foule à l’égard de l’étranger que je suis.


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Une fois le discours finit, alors que la foule reflue vers la place Enqelâb, des vendeurs ambulants s’installent au coin des rues et des attroupements plus denses encore se créent autour de lots de textile chinois et d’instruments à émincer les légumes.


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La municipalité de Téhéran, en attente d’une réélection, fait démonstration de sa force de nettoyage avec ses cohortes de balayeurs armés au coin des rues pour ramasser par milliers des écriteaux Marg bar Amerika.

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Par Silouane
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Vendredi 15 février 2008
A l’angle d’une place de Téhéran, j’ai vu cette affiche.
persepolis.jpg J’ai immédiatement reconnu la silhouette de la petite fille sur le fauteuil, celle de Marjane Satrapi enfant dans le film Persépolis. Le texte en persan inscrit au dessus de la photo m’a plongé dans la plus grande stupéfaction : « Persépolis, de Marjane Satrapi. Mardi 12 janvier 18h à la maison de la culture Resâneh. La projection sera suivie d’un débat ».


Après plusieurs mois à Téhéran, j’avais appris à m’attendre à tout, mais une projection publique de Persépolis allait au-delà des bornes de mon imagination. Le film circulait certes dans la ville depuis plusieurs mois, montré régulièrement dans les différents ciné-clubs officieux et dans l’intimité des familles mais il n’avait jamais connu de diffusion publique.

Mardi 12 janvier 17h, nous allons ajouter nos noms à la longue liste des inscrits pour la projection. Une deuxième salle de projection a été ouverte vu le succès. La maison de la culture Resâneh a été crée sous la présidence Khatami, comme un grand nombre d’institutions culturelles. Elle dépend de la municipalité de Téhéran.

La salle dans laquelle nous assistons à la projection possède une cinquantaine de places, elle est toute neuve et les sièges, semblables à ceux des salles de cinéma, sont très confortables et numérotés dans le désordre. Malgré la longue liste des réservations, tous les sièges ne sont pas occupés. La projection est surtitrée en persan et elle commence vingt minutes après l’heure prévue.


Le film que je vois diffère du film que j’avais vu en France par l’ablation d’une quinzaine de scènes, représentant au total une vingtaine de minutes. Ont disparu :

  • -la blague de la petite Marjane sur les vertus flatulogènes du chili con carne.
  • -l’altercation entre la mère de Marjane et le gardien de la Révolution à la sortie du supermarché.
  • -la colocataire allemande de Marjane à Vienne en train de se sécher les cheveux.
  • -la mention des exécutions des prisonniers politiques deux ans avant la fin de la guerre.
  • -la révélation de l’homosexualité de Fernando, premier petit ami de Marjane.
  • -Marjane interpellée dans la rue parce qu’elle court pour attraper son bus.
  • -Marjane retrouvant le goût de vivre et chantant du rock dans la rue.
  • -Marjane devenant prof de gym.
  • -Marjane prenant la parole pour réclamer un code vestimentaire plus souple pour les femmes à la Faculté des Beaux-Arts.
  • -l’interpellation de la famille de Marjane à l’issue d’une fête arrosée.
  • -le secret de la grand-mère de Marjane pour garder une poitrine ferme…
D’autres scènes fortes sont néanmoins conservées :
  • -la petite Marjane interpellée par deux gardiennes de la Révolution après avoir acheté une cassette de rock.
  • -la mention de la clé du paradis offerte à l’école aux futurs enfants martyrs.
  • -la mort d’un jeune homme tombé du toit alors qu’il était poursuivi par les gardiens de la Révolution à cause d’une soirée mixte et arrosée…
Le film, malgré les nombreuses scènes coupées, conservait donc une dimension critique.


A l’issue de la projection, un court métrage relatant l’histoire des films anti-iraniens a été présenté à la salle. Persépolis y apparaît à la suite de 300 et de Jamais sans ma fille. Après avoir montré des extraits d’interview de Marjane Satrapi et commenté le succès français de ce film, l’auteure est présentée comme « une droguée, une dépravée et une divorcée ». A l’instant précis où ces mots sont prononcés, la très grande majorité du public se lève et quitte la salle de projection.


Une fois le court métrage terminé, un commentaire critique est proposé par un spécialiste du cinéma de la troisième chaîne de la télévision publique iranienne. Il ne reste que trois ou quatre femmes dans la salle et des hommes plutôt barbus. Le spécialiste dit en substance :

Pour ma part, je ne considère pas que ce film soit un film politique. C’est plutôt un film à l’atmosphère politique. Je ne crois pas non plus que ce film soit contre l’Iran, il est par contre le produit d’une femme dérangée qui ne trouve sa place ni en Iran ni en Occident. C’est dans l’inconscient de Marjane Satrapi que ce film est contre l’Iran. Elle est issue d’une famille royale Qadjar, elle ne représente en rien la population iranienne. Peut-on vraiment se reconnaître dans les paroles de cette grand-mère qui félicite sa petite-fille de divorcer ? Il est néanmoins préférable de montrer publiquement ce film que de le cantonner à une diffusion clandestine dont les effets sont plus ravageurs. (Le commentaire a duré 20 minutes et il était bien sûr plus complexe que ce résumé)

Suit un échange avec la salle, retranscrit dans ses grandes lignes ici :

X : Monsieur, ce film a été censuré d’au moins une dizaine d’extraits. Il n’est pas possible de commenter un film incomplet.
Réponse : Des scènes de ce film ont en effet été ôtées à cause de leur vulgarité. Ces retraits sont néanmoins marginaux. Rassurez-vous, vous avez bien vu le film!

Y (jeune homme, environ 19 ans) : Docteur, je ne comprends pas pourquoi vous critiquez ainsi Marjane Satrapi. J’ai lu sa biographie et je ne crois pas qu’elle soit folle. Je me sens proche d’elle.

Z : Monsieur le professeur, je voudrais dire que les actions extrêmes des autorités présentées dans ce film ont bel et bien existé au moment de la Révolution et qu’elles continuent d’exister. Plutôt que de critiquer la personnalité de Marjane Satrapi, il faut parler des problèmes de la société iranienne.

Rép : Il est trop facile de critiquer la société iranienne quand on vit en France. Vous avez raison, il y a des problèmes dans la société iranienne mais c’est ici qu’il faut agir. D’autre part ce n’est pas le lieu d’en parler ici. Nous devons faire un commentaire du film.

W : Docteur, cette petite histoire me permettra de mieux me faire comprendre : « Un enfant est dans une pièce où il est interdit de crier. On lui tape sur la main. Que fait-il ? Il sort de la pièce et va crier dehors ». C’est exactement ce qui est arrivé à Marjane Satrapi. On lui interdit de crier ici, elle n’a pas d’autre choix que de crier en France et n’importe lequel d’entre nous le ferait s’il le pouvait.

Rép : Marjane Satrapi n’est pas représentative, elle est une fille de bourgeois devenus communistes par mode.

V : Docteur, je voudrais dire quelque chose de très simple. Je suis fils de paysan et je me retrouve totalement dans le récit de Marjane Strapi. Cette histoire pourrait être mon histoire.


L’heure était tardive et tous les spectateurs n’ont pas pu dire leur commentaire. La conversation avec le critique a néanmoins continué pendant une heure de manière informelle.


Les amis iraniens qui m’accompagnaient étaient aussi surpris que moi : jamais ils n’avaient assisté en Iran à une telle discussion publique.
Par Silouane
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