Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /2007 17:32

Vers 19h30 avec deux amis iraniens, j’étais dans un quartier un peu chic de Téhéran. Nous mangions sur le trottoir des glaces « Vitaminé », celles pleines de bananes, ananas et noix de tout genre dont j’avais parlé dans un précédent billet. Nous étions sur le trottoir d’un très bon glacier et il y avait une quinzaine de personnes qui faisaient la queue ou mangeaient leur achat. Moins que d’habitude, me disait-on.

C’était peut-être à cause des hommes en uniformes et des femmes en tchador qui étaient un peu plus loin dans la rue. Je les ai vus quand la jeune fille qu’ils saisissaient a commencé à parler fort et à exprimer son désaccord. Ils lui reprochaient d’avoir un manto trop court, ou c’était peut-être le voile qui ne la couvrait pas assez. Toujours est-il que malgré  ses implorations, les deux femmes en tchador l’ont saisie par les bras et l’ont emmenée dans une fourgonnette de police garée plus loin. Elle devra passer une nuit en garde à vue et ne sortira que lorsque ses parents viendront la chercher. On lui confisquera aussi le manto trop court et ses parents seront priés d’amener un tissu plus décent pour la vêtir en sortant.

Plus tard, nous pénétrons dans un centre commercial branché quelques mètres plus loin. Les boutiques, par leur décoration et les vêtements qu’elles proposent, rivalisent sans peine avec des magasins de vêtements parisiens. Plusieurs choses retiennent mon attention. D’abord dans tous ces magasins pour les femmes la vente est assurée par des hommes, souvent vêtus de pantalons moulants et de t-shirts semblables, avec les cheveux dressés sur la tête comme les vendeurs des Halles à Paris. Il y a aussi une boutique de lingerie féminine. Elle est interdite aux hommes mais dans la vitrine pendent des nuisettes joliment présentées. Et au travers des portes d’autres magasins, je vois des femmes, têtes dévêtues, en train de faire les essayages de luxueuses copies de foulards Dior ou Channel.

Par Silouane
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /2007 17:17
v-copie-1.JPG  Quelques minutes plus tard, je trouve le pendant de l'individu flamboyant. Sa moue, sa dissymétrie et ses cheveux bizarrement libres... On se croirait dans une bande dessinnée.
Par Silouane
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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /2007 12:35

Le persan m’enthousiasme. Il y a à cela de nombreuses raisons.

Tout d’abord c’est une langue à la grammaire souple. Faire ici la présentation des éléments les plus géniaux de la grammaire persane, tels l’ézafé, la particule ou le suffixe –i serait sans doute ennuyeux puisque je la maîtrise mal. Je peux seulement vous citer une phrase de la « Grammaire du persan  contemporain » de Gilbert Lazard, découverte ce matin au hasard d’un chapitre sur les verbes: « Dans l’ensemble, l’accord en nombre du verbe et du sujet n’est pas régi par des règles formelles, mais dépend toujours des conditions sémantiques ». Au-delà de ces jolis mots de grammairien, cela signifie que l’on peut dire en persan : « Vous viens ? » dans des circonstances suffisamment imprécises pour qu’on les appelle « conditions sémantiques ».

Plus encore que la grammaire, l’apprentissage du vocabulaire révèle des trouvailles quotidiennes. Voici quelques-unes de mes préférées :

دلم کباب می شود    Delam kebâb mi chavad
Avoir pitié de, être triste pour : avoir le cœur en brochette.

 همسر  Hamsar
Le conjoint : le cocéphale (celui qui avec qui on partage la tête)

همسایه  Hamsâyé

Le voisin : celui avec qui on partage l’ombre.

جایت خالی است  Djâyet khâli ast
Tu me manques : ta place est vide.

زیر آبی رفتن Zir âbi raftan

Avoir des relations extra conjugales : aller sous l’eau.

دلم می خواهد Delam mi khâhad
J’ai envie de : mon cœur veut.

دلتنگی Deltangi
La nostalgie : le serrement du cœur.

J’ai l’impression que le persan est une langue plus concrète que le français mais peut-être oublié-je seulement le sens originel des expressions communes dans ma langue. C’est également une langue qui permet une grande créativité dans le vocabulaire, ce en quoi nous sommes contraints en français.

Il reste que parler persan est difficile et que la construction des phrases complexes reste un mystère pour moi, leur syntaxe étant étrangement chaloupée.

Par Silouane
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Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /2007 02:30

r-copie-1.JPG Au détour d’un étal j’ai vu cet individu flamboyant déposé sur un carreau de céramique. Il était un peu grave, avec l’œil droit plus petit que l’œil gauche. Je l’ai immédiatement aimé. Selon son précédent propriétaire, il daterait de la première moitié du XXe siècle et serait originaire de la région d’Ispahan. Je n’avais jamais rien vu de semblable en Iran ; la main qui l’a exécuté devait être une originale pleine d’imagination.

Par T
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Vendredi 16 novembre 2007 5 16 /11 /2007 13:42

Quelques précisions sur l’organisation de la vie en Iran.

Le décalage horaire est de deux heures et demie. J’aime l’idée d’être à cheval sur deux fuseaux horaires. C’est le premier pays que je rencontre avec une telle pratique du décalage.

Les week-ends iraniens sont le jeudi et le vendredi. Dans une semaine, il n’y a donc que trois jours ouvrables en commun entre l’Iran et l’Occident. Cela explique selon certains amis iraniens les difficultés économiques de l’Iran. Pour moi, ce décalage des jours est un décalage plus étrange que le décalage horaire. Il me perturbe dans mes rapports téléphoniques ou électroniques avec la France.

Le commerce à Téhéran est très concentré géographiquement selon le secteur d’activité. Autour de la place Enqelâb, c’est-à-dire à proximité de l’université de Téhéran, se trouvent toutes les librairies universitaires. Elles se comptent par dizaines. A l’ouest de l’avenue Vali Asr et sous l’avenue Enqelâb sont situées les boutiques qui vendent les robes de mariée. Il y a des froufrous et du brillant partout. Ce sont les seuls magasins où les mannequins de femmes dans les vitrines ne sont pas voilés. Près du carrefour Istanbul, il y a une rue que j’ai particulièrement aimée. On trouvait en alternance des magasins d’armement et des magasins de sèche-cheveux. Dans les premiers j’ai vu de magnifiques arcs en carbone avec des systèmes de poulies impressionnants. Ils devaient permettre de tuer des buffles à un kilomètre. Il y avait aussi des couteaux, des fusils à pompe, des cannes à pêches et des mouches multicolores, des cartouches de toutes les tailles. Dans les seconds, la vitrine était généralement divisée en deux parties. A gauche il y avait des sèche-cheveux Philips ou Braun très modernes. J’ai même vu une sorte de casque d’astronaute sécheur de cheveux. A droite c’était plutôt les rasoirs électriques vendus dans des coffrets très beaux, on aurait dit qu’ils allaient contenir une voiture télécommandée.

J’ai beau avoir fait de l’économie géographique, j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi le commerce est dans les pays du Sud aussi concentré géographiquement par secteur d’activité. J’ai l’intuition qu’avec le développement économique ce regroupement spatial a tendance a diminué. Est-ce vrai ? Comment l’expliquer ?

J’attends vos réponses.

Par Silouane
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Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /2007 13:41
Encore des bribes de taxi collectif puisque c’est là que l’histoire quotidienne de l’Iran se joue.

 

Sur place centrale de Téhéran, il est connu qu’au niveau du troisième platane en remontant vers le nord se trouvent les taxis pour Tadjrich. Une queue d’individus se forme spontanémenent sur le trottoir au gré de l’affluence des voyageurs et du nombre de taxis. Je m’y trouvais un lundi vers 15h40 et les rayons du soleil étaient déjà presque horizontaux. Une jeune fille m’aborde, souhaite confirmer que je suis bien étranger. Elle me demande si je connais Yunes, il apprend aussi le persan. Non, dois-je avouer.

 

Elle porte un foulard marron clair, assez lâche autour de son visage. Hormis la marnahé, sorte de cagoule de couleur foncée que doivent porter les employées des administrations et des grandes entreprises sur leur lieu de travail, les femmes iraniennes revêtent deux types de foulards : des sortes d’écharpes, longues pièces de tissu rectangulaires portées généralement peu serrées, et les fichus, pièces de tissu carrées pliées en deux pour former un triangle droit et nouées sous le menton. Les femmes qui portent le tchador, grand carré d’étoffe qui entoure tout le corps, portent sous celui-ci le plus souvent une marnahé. Chez les femmes qui ne portent pas le tchador, c’est-à-dire une très large majorité dans les quartiers que je fréquente, une part de cheveux plus ou moins grande est laissée découverte.

 

Suite de la description vestimentaire de la jeune fille. Au dessus d’un jean bleu, elle porte un manto blanc cassé. Le manto est avec le foulard le code vestimentaire imposé à toutes les femmes en Iran. Il s’agit d’un vêtement qui doit couvrir les bras et le buste et descendre jusqu’aux genous. Il prend le plus souvent la forme d’un imperméable de toile boutonné à l’avant, assez proche du corps et de couleur neutre. Certains manto ont des formes originales. La partie sous les hanches se transforme parfois en jupette asymétrique. Sur la taille tombe une grosse ceinture, comme celle des stars américaines. Le manto peut être étonnament moulant, les genous étonnament hauts placés. Lorsqu’il est du genre décontracté (tricoté en laine semblable à un pull trop grand, comme une robe avec des couleurs vives), il fait penser aux tuniques que mettent les jeunes filles un peu baba-cool au dessus de leur pantalon. Ce jour-là, le manto de la jeune fille était en toile, une rangée de boutons marrons permettait de l’ôter.

 

Il était très possible que la jeune fille portât des lunettes de soleil -  ma mémoire me fait sur ce point défaut. Elles étaient vraisemblablement posées sur la partie de ses cheveux laissée découverte par le voile. C’était sans doute des grosses lunettes de soleil, peut-être Christian Dior, peut-être Armani, peut-être même un modèle mois tape-à-l’œil.

 

A ses bras, un sac en cuir à bandoulière aux coutures apparentes pour ranger ses affaires de cours et deux sacs en plastique.

 

Nous embarquons dans le véhicule. Il ne s’agit pas cette fois d’une voiture Peykan, mais d’une petite camionnette d’une douzaine de places. La jeune fille et moi sommes assis côte-à-côte. Elle continue de me parler avec beaucoup de curiosité. Elle voudrait que nous discutions en anglais. Je lui explique en persan que mon anglais est trop médiocre et, par la ruse, j’obtiens que la conversation se poursuive en persan. Elle est allée en Angleterre pendant un mois pendant l’été. Elle a adoré là-bas, même s’il faisait froid. Elle a vu Londres, Manchester, l’Ecosse et d’autres villes dont j’ai oublié le nom. Elle se réjouit de ma présence en Iran, se demande si je m’y plais. Elle est bavarde. Dans la camionnette pleine et silencieuse, tout le monde nous écoute plus ou moins ostensiblement. Et puis vient dans l’histoire le moment que je préfère. J’apprends qu’elle est étudiante en électronique. C’est vraiment sa passion me dit-elle. D’ailleurs elle a dans son sac en plastique un petit assemblage de composants qui permet de produire du chaud et du froid en alternance. Serrée dans un véhicule minuscule au milieu des embouteillages d’une voie rapide dans Téhéran, la jeune fille sort circuit électronique et batterie sur ses genoux et m’explique que si nous pouvions brancher à cet instant le tout sur le secteur, la petite plaque blanche qu’elle tient dans ses mains serait alternativement chaude et froide, toutes les dix secondes environ. 

Par Silouane
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /2007 07:24
Deux aperçus des relations sociales quotidiennes à Téhéran.

 

Dans le bus, je suis à assis à côté de la fenêtre. Un homme s’installe à mes côtés. L’ami qui l’accompagne est sur le siège de l’autre côté de l’allée centrale. Pour pouvoir parler à son ami, mon voisin se tourne vers lui et par conséquent me montre son dos. Il se retourne subitement, l’air désolé, et me dit : « Excusez moi, je vous ai présenté mon dos ». Je ne savais même pas qu’il s’agissait d’un impolitesse. Je bredouille que ce n’est pas grave.

 

Ce matin l’avenue Kargar était particulièrement embouteillée dans la direction d’Enqelâb. Dans le sens inverse en revanche, la circulation était fluide. Des voitures qui souhaitaient aller vers le Sud empruntaient donc les deux voies qui remontaient vers le Nord, à contre-sens. Le taxi collectif que j’utilisais en faisait partie. Le chauffeur s’arrête soudain et essaie de se glisser dans la file des voitures immobilisées. A une vingtaine de mètres devant nous, un bus et une voiture se font face, pare-brise contre par-brise. Les chauffeurs sont descendus des véhicules et il semble qu’il y a une altercation. Le chauffeur de bus n’a vraisemblablement pas supporté d’être bloqué par un automobiliste qui roulait en sens interdit. Les choses s’accélèrent et je sens de loin la tension monter. Le chauffeur du bus remonte à bord, démarre et avance, poussant la voiture sur plusieurs mètres. Son propriétaire, essayant de s’asseaoir au volant, manque de tomber au sol. Les passagers du bus descendent, sans doute affolés. La chauffeur de la voiture a réussi à remonter dans son véhicule et il entreprend une marche arrière à très vive allure. Le bus reprend son chemin. Dans mon taxi, les passagers font un commentaire mi-effrayé mi-amusé que je ne comprends pas.

Par Silouane
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Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /2007 07:10

Il y a parfois à Téhéran des scènes tournées au ralenti.

 

Tout à l’heure il faisait nuit, j’attendais un taxi sur l’avenue Enqelâb, à l’est de la place Ferdosi. La nuit à Téhéran est plus noire qu’à Paris. Par conséquent, les phares des voitures, les enseignes des magasions et les éclairages publics y brillent avec davantage d’éclat. Un homme s’est engagé pour traverser l’avenue, au milieu des voitures comme il est convenu de le faire. Cet homme avait une jambe et deux béquilles, séquelle vraisemblable de la guerre Iran-Irak. Entouré des voitures, de leur gaz d’échappement et de leurs klaxons, son pied se posait avec douceur sur la chaussée, on aurait dit qu’il l’épousait.

Par Silouane
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Dimanche 11 novembre 2007 7 11 /11 /2007 07:04
Un étranger qui arrive à Téhéran (moi par exemple) s’étonne en général de deux choses. Elles deviennent vite l’un de ses principaux sujets de conversation avec les Téhéranais et les autres étrangers. Il s’agit de la circulation automobile et de la chirurgie esthétique.

 

Téhéran est comme un plaque de béton qui aurait un comportement de tache d’huile : elle s’étend sur tout son pourtour rocailleux, à peine contenue au Nord par les monts de l’Alborz, et elle engloutit lentement les villes voisines. L’avenue Vali Asr qui la coupe du Nord au Sud fait plus de 20 kilomètres paraît-il. De ce déploiement mal contrôlé, les transports pâtissent. Dans les années 1980 ont été construites des autoroutes qui sillonent la ville de toutes parts ; elles délimitent des ilôts et on les traverse au moyen de passerelles, parfois équipées d’escaliers automatiques. Elles constituent des remparts bruyants et pollués. Ces autoroutes n’ont pas été suffisantes pour fluidifier les déplacements des 14 millions d’habitants qui peuplent Téhéran et son agglomération. Pour aller du Nord de Téhéran au centre en heure de pointe, trajet que j’effectue trois fois par semaine, il faut passer entre une heure et deux heures dans le bus. Heureusement, il s’y trouve souvent des Téhéranais curieux de la présence d’un étranger dans les embouteillages et l’immobilisation devient exercice de conversation.

 

Une fois qu’il s’est suffisament lamenté du temps perdu dans les embouteillages, l’étranger s’étonne du petit pansement blanc qui orne le nez des filles et de certains garçons. Il est la trace d’une opération de chirurgie esthétique récente. Ce pansement est, dit-on, signe de modernité et de richesse et il serait chez certain(e)s une simple parure. Les opérations du nez se seraient développées massivement il y a une dizaine d’années et le nombre de personnes au pansement blanc serait aujourd’hui faible en comparaison de ce qu’il était il y a quelques années. On dit que les nez authentiques auraient presque disparu du Nord de Téhéran (les quartiers les plus riches) tant l’opération a eu du succés. La chirurgie esthétique ne s’arrête pas là et les autres parties du corps sont également concernées. D’après les éléments préliminaires d’une sociologie de comptoir réalisée avant-hier dans une soirée franco-iranienne, modifier son corps ne serait ici l’objet d’aucun tabou. Ce serait valorisé et on en parlerait volontiers, même à des connaissances assez lointaines et quelque soit la partie du corps considérée. Enfin, le port du tchador et de ce petit pansement blanc n’est pas incompatible.

 

Rassurez vous, il y a encore de nombreux autres objets d’étonnement à Téhéran pour un étranger.

Par Silouane
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /2007 11:21
Hier dans les embouteillages de Téhéran, on vendait des fleurs, des boîtes de biscuits et de petits parapluies de poupée jaunes et rose. Comme j'étais assis dans le bus, je ne pouvais acheter rien de tout cela.
Par Silouane
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