Jeudi 15 novembre 2007
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Encore des bribes de taxi collectif puisque c’est là que l’histoire quotidienne de l’Iran se joue.
Sur place centrale de Téhéran, il est connu qu’au niveau du troisième platane en remontant vers le nord se trouvent les taxis pour Tadjrich. Une
queue d’individus se forme spontanémenent sur le trottoir au gré de l’affluence des voyageurs et du nombre de taxis. Je m’y trouvais un lundi vers 15h40 et les rayons du soleil étaient déjà
presque horizontaux. Une jeune fille m’aborde, souhaite confirmer que je suis bien étranger. Elle me demande si je connais Yunes, il apprend aussi le persan. Non, dois-je avouer.
Elle porte un foulard marron clair, assez lâche autour de son visage. Hormis la marnahé, sorte de cagoule de couleur foncée que doivent porter
les employées des administrations et des grandes entreprises sur leur lieu de travail, les femmes iraniennes revêtent deux types de foulards : des sortes d’écharpes, longues pièces de tissu
rectangulaires portées généralement peu serrées, et les fichus, pièces de tissu carrées pliées en deux pour former un triangle droit et nouées sous le menton. Les femmes qui portent le tchador,
grand carré d’étoffe qui entoure tout le corps, portent sous celui-ci le plus souvent une marnahé. Chez les femmes qui ne portent pas le tchador, c’est-à-dire une très large majorité dans les
quartiers que je fréquente, une part de cheveux plus ou moins grande est laissée découverte.
Suite de la description vestimentaire de la jeune fille. Au dessus d’un jean bleu, elle porte un manto blanc cassé. Le manto
est avec le foulard le code vestimentaire imposé à toutes les femmes en Iran. Il s’agit d’un vêtement qui doit couvrir les bras et le buste et descendre jusqu’aux genous. Il prend le plus souvent
la forme d’un imperméable de toile boutonné à l’avant, assez proche du corps et de couleur neutre. Certains manto ont des formes originales. La partie sous les hanches se transforme
parfois en jupette asymétrique. Sur la taille tombe une grosse ceinture, comme celle des stars américaines. Le manto peut être étonnament moulant, les genous étonnament hauts placés.
Lorsqu’il est du genre décontracté (tricoté en laine semblable à un pull trop grand, comme une robe avec des couleurs vives), il fait penser aux tuniques que mettent les jeunes filles un peu
baba-cool au dessus de leur pantalon. Ce jour-là, le manto de la jeune fille était en toile, une rangée de boutons marrons permettait de l’ôter.
Il était très possible que la jeune fille portât des lunettes de soleil - ma mémoire me fait sur ce point défaut.
Elles étaient vraisemblablement posées sur la partie de ses cheveux laissée découverte par le voile. C’était sans doute des grosses lunettes de soleil, peut-être Christian Dior, peut-être Armani,
peut-être même un modèle mois tape-à-l’œil.
A ses bras, un sac en cuir à bandoulière aux coutures apparentes pour ranger ses affaires de cours et deux sacs en plastique.
Nous embarquons dans le véhicule. Il ne s’agit pas cette fois d’une voiture Peykan, mais d’une petite camionnette d’une douzaine de places. La
jeune fille et moi sommes assis côte-à-côte. Elle continue de me parler avec beaucoup de curiosité. Elle voudrait que nous discutions en anglais. Je lui explique en persan que mon anglais est
trop médiocre et, par la ruse, j’obtiens que la conversation se poursuive en persan. Elle est allée en Angleterre pendant un mois pendant l’été. Elle a adoré là-bas, même s’il faisait froid. Elle
a vu Londres, Manchester, l’Ecosse et d’autres villes dont j’ai oublié le nom. Elle se réjouit de ma présence en Iran, se demande si je m’y plais. Elle est bavarde. Dans la camionnette pleine et
silencieuse, tout le monde nous écoute plus ou moins ostensiblement. Et puis vient dans l’histoire le moment que je préfère. J’apprends qu’elle est étudiante en électronique. C’est vraiment sa
passion me dit-elle. D’ailleurs elle a dans son sac en plastique un petit assemblage de composants qui permet de produire du chaud et du froid en alternance. Serrée dans un véhicule minuscule au
milieu des embouteillages d’une voie rapide dans Téhéran, la jeune fille sort circuit électronique et batterie sur ses genoux et m’explique que si nous pouvions brancher à cet instant le tout sur
le secteur, la petite plaque blanche qu’elle tient dans ses mains serait alternativement chaude et froide, toutes les dix secondes environ.