Je me demandais donc qui, des moutons ou des pastèques, serait le plus couru.
Eléments de réponse. Dans les rues ce 21 décembre, on voyait des pastèques partout et assez peu de moutons. Les vendeurs dans les magasins saluaient leurs clients en disant :
« Yaldâ mobarak bâchid » (Bonne fête de Yaldâ), sans référence à l’Eyd-e Qorban. Plus tard, en demandant à un groupe de jeunes comment ils avaient occupé leur vendredi, j’apprenais que
la grande majorité d’entre eux avaient fêté le solstice sans se préoccuper du sacrifice.
« A la santé de la fourmi parce que personne ne voit ses larmes »
Dans le taxi collectif j’étais assis à côté d’un homme en costume. Il portait sous sa veste marron clair un veston marron clair, et dans sa main il tenait un sac en plastique rempli de prospectus. De l’autre il téléphonait. Lors d’une pause dans la conversation, il a sorti des dents de son sac. Elles étaient posées sur un présentoir noir dans une boite transparente, et des étiquettes indiquaient le nom de la matière utilisée pour leur fabrication.
Un jour que je dégustais une grenade, les jambes recouvertes d'une
serviette préventive, une femme m'a dit qu'il y avait des grenades au
paradis. Amusée, je lui ai demandé s'il y avait aussi des pommes.
Concertation des convives: des pommes, non, mais des dattes, du miel, du
lait, du "vin qui ne rend pas ivre". Nous avons ensuite discuté de la
question des tâches: existe-t-il du produit pour les nettoyer au
paradis, des robes d'anges n'absorbant pas leur jus? Des grenades dont
la perfection irait jusqu'à la perte de leur tâchant?
- Des touristes étrangers et des diplomates intéressés par les tapis.
- Des familles de milieu populaire qui viennent acheter un service à thé qu’un français lambda qualifierait « de mauvais goût ».
- Des serrures vieilles de plus de cinquante ans en métal grossièrement forgé, en forme de scorpion ou de cheval et aux mécanismes intriguants.
- Des vendeurs turkmènes de tuniques turkmènes en soie rouge qui me rappellent un été passé.
- Des livres de Gide en traduction persane et d’autres de Hedayat. Des livres de cuisine, des livres sur l’art italien en anglais ou sur les villes d’Espagne.
- Des jeunes filles branchées, cheveux ras sous le voile, qui semblent intéressées par des lunettes des années 1970 ou par des tissus afghans.
- Une vendeuse d’amples tuniques au style un peu baba-cool. Elle a plus de cinquante ans, des lèvres couvertes d’un beau rouge foncé. Elle a noué son voile noire et ouvragé derrière sa nuque, comme une Tchétchène. Elle a la peau bronzé, l’air digne d’une femme qui aurait survécu à la vie dans les communautés hippies de l’Ardèche dans les années 1970. Elle pourrait être cette vieille femme japonaise vendeuse de robes délurées en dentelle, comme celles des poupées d’après guerre, que j’avais rencontrée avec Hideko à Harajuku. Une cliente, soixante ans et l’allure féministe, essaie un vêtement pliée en deux et en perd son voile.
- Un marchand de vêtements écrus en fibre naturelle. Des hommes accompagnés de leur femme en tchador viennent acheter des chemises col mao à la mode en République Islamique, et de jeunes filles passent par dessus leur manto des tuniques à la coupe originale.
- Des propriétaires de tapis reprisés qui essaient de vendre à des étrangers leurs produits à haut prix. D’autres qui vendent des tapis étrangement peu chers.
Et aussi : des tourne-disques et des disques, des articles de pêche, des bouquets de fausse fleurs, des bijoux turkmènes, des anneaux et des pierres précieuses, un sapin de Noël en
plastique, des photos du Chah, des billets de banque, un portrait de Kennedy, des horloges allemandes, des bagues en fil de fer, des céramiques peintes de ménora et d’étoile de David, et quelques
originaux.
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