Lundi 23 juin 2008
1
23
06
2008
17:17
La lac Zarivar, entre la ville de Marivan en Iran et la frontière
irakienne, a la particularité de n’être abreuvé par aucun cours d’eau. C’est de ses profondeurs qu’il se remplit grâce à une source puissante et judicieusement placée. La gestion de ce lac très
poissonneux, propriété de l’Etat iranien, a été confiée à une coopérative de pêcheurs. En dehors de la période autorisée de pêche, leur travail consiste à éviter le braconnage en patrouillant la
nuit à la recherche de barques venant déposer illégalement des filets, et en repérant et ôtant le jour les filets clandestins.
Pour ce travail de contrôle, les trente-cinq pêcheurs sont
organisés en trois groupes. Chaque groupe vit à tour de rôle pendant dix jours entiers sur le lac. Sur l’une des îles centrales, une cabane en planche et en joncs a été aménagée, c’est là que les
pêcheurs mangent et se reposent.
Les repas sur le lac sont répétitifs. Tandis qu’un des pêcheurs s’occupe de faire frire les morceaux d’un gros poisson, un autre fait cuire le riz (importé du Pakistan). Les autres, du moins ceux
qui savent nager, se baignent parfois. S’ils s’enfoncent de quelques dizaines de centimètres sous la surface, ils sentent que l’eau y est bien plus froide ; la source qui nourrit le lac est
glaciale. Avant le repas, la plupart de ces hommes font leur prière selon le rite sunnite. Les kurdes, comme de nombreuses autres populations de la périphérie du territoire iranien (turkmènes,
baloutches, arabes du golfe…) ne sont pas chiites et ont pour cette raison des rapports compliqués avec le pouvoir central. Au moment du repas, tout le monde s’assoit par terre autour d’une grande
nappe et mange, sans couvert, le riz et le poisson avec du pain. Des oignons blancs et des petits citrons verts accompagnent le déjeuner. Lorsqu’il est fini, on mange des prunes vertes très
acides.
Avant de tailler sa rame, cet homme était en train d’aiguiser son couteau sur la
paume de sa main. Il a confirmé en souriant qu’il avait la peau très dure.
La pêche s’effectue, comme les missions de patrouille, sur des barques fines en bois que les pêcheurs manoeuvrent debout à l’aide d’une longue rame (différentes de la barque verte à moteur sur
la photo). Bien qu’elles aient une apparence fragile, chacune peut contenir une tonne de poissons, pêchée pendant environ cinq heures. Celui-ci est principalement vendu dans la ville voisine de
Marivan pour un peu plus d’une euro le kilo. C’est très peu en comparaison des prix des poissons de la mer Caspienne. Cela s’explique en partie par le fait que les Kurdes n’ont pas l’habitude de
manger du poisson.
La plupart des Kurdes portent l’habit traditionnel qui se décline du
simple pantalon bouffant au costume très savamment taillé. Les styles de coupe portent des noms de courants politiques : il y a le costume PKK, le costume Démocrate, le costume Pechmarga… Un
des pêcheurs explique qu’il porte l’habit traditionnel à cause des recommandations de sa femme, et que cela fonctionne ainsi dans la plupart des couples. Il est venu à la pêche il y a une dizaine
d’années alors que jamais personne dans sa famille n’avait exercé ce métier. Il en est content car cela lui permet de mener une vie simple et proche de la nature.
Par Silouane
0
-
Recommander
Vendredi 20 juin 2008
5
20
06
2008
18:40
Les clichés ont cette force qu’on les trouve vérifiés :
les Iraniens, quelque soit leur milieu social, aiment la poésie et vivent avec elle.
Il est minuit passé, je rentre chez moi en passant à proximité de l’Université de Téhéran. Un veilleur de nuit m’interpelle. Nous nous étions déjà croisés quelques fois au cours de l’année et la
conversation s’engage. Il est en train de lire un livre d’histoire de 700 pages. Je n’ai pas compris exactement son propos, mais il traitait de la guerre Iran-Irak et des ventes d’armes des pays
européens aux deux Etats belligérants. Il lui a été prêté par un doctorant en science politique. Puisle veilleur de nuit, dans son uniforme bleu foncé à galon bleu pale, me parle des religions
préislamiques. Il cite Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra, le remercie d’avoir permis aux Européens de découvrir ce prophète. Il me pose des questions sur l’image de l’Iran en
Europe et s’inquiète qu’elle soit à ce point négative. Il me demande si j’aime la poésie. J’avoue que mon intérêt n’a pas su combler mon ignorance. Lui récite quelques vers de Saadi (XIIIème
siècle), dont une traduction pourrait être :
Toi qui ne te soucie pas des peines
d’autrui,
Tu n’es pas digne du nom d’être
humain.
Par Silouane
2
-
Recommander
Mercredi 18 juin 2008
3
18
06
2008
12:56
Chervin est derrière le comptoir du café-restaurant Gol Rezaie, un des plus vieux
établissements de Téhéran. La structure générale de sa coiffure fait penser au plan du musée Guggenheim de Bilbao ; on sent le désordre régi par des forces puissantes. Ses sourcils épilés
dessinent des arceaux à une distance raisonnable de ses yeux, son buste et ses bras sont enveloppés dans une chemise à carreaux parfaitement ajustée. Il a peut-être vingt-cinq ans à
Téhéran.
La salle du café Gol Rezaie est un personnage autant que ses occupants. Elle a accueilli, dit-on, pendant ses dizaines d’années d’exercice, des écrivains, des cinéastes, et toute sorte
d’intellectuels iraniens. Des photos de personnages célèbres sont accrochées au mur, coupures de journaux noir et blanc placées dans des cadres trop grands. Malraux est à côté de l’inévitable
Beckett. Un vieux poêle en fonte chauffe en hiver les occupants des dix tables, en été il s’écrase sous les mouvement du ventilateur au plafond. Sous les plaques de verre dont sont recouvertes
les tables, un dessin du Moulin Rouge à Paris, une publicité pour une crème de jour ornée d’une belle photo…
Dans ce décor Chervin semble roi. Il a aux lèvres l’inamovible sourire des chanteuses françaises d’antan. Sa peau lisse est légèrement luisante, comme si des projecteurs l’avaient échauffée. Il a
pour compagnon de scène un vieil homme en t-shirt beige, cheveux mi-longs gris et peu soignés. Un autre trentenaire, en sueur dans une chemise un peu grande, me fait penser à une militante
féministe un tantinet viril. Parfois derrière le comptoir de Chervin, il y a, assise, une dame que l’on ne voit pas. C’est une femme âgée en tchador noir.
Gol Rezaie est ouvert jusqu’à trois heures de l’après-midi. Le matin on y mange des œufs au plat avec un thé que Chervin a préparé derrière son comptoir. A midi, la salle est prise d’assaut pour
ses plats si bons qu’ils semblent préparés par une mère de famille. Les clients sont des étudiants en art qui vienne respirer l’ambiance d’autrefois, des hommes et des femmes importants du monde
de la culture, des ambassadeurs et diplomates des trois ambassades voisines.
Indifférent, Chervin surplombe le public du haut de son comptoir. La courbe de ses lèvres dessine parfois un peu de l’amertume.
Merci à Hassan Taheri pour la photo.
Par Silouane
0
-
Recommander
Lundi 16 juin 2008
1
16
06
2008
00:00
Il a fait partie de ces dizaines de milliers de soldats qui
ont combattu pendant la guerre Iran-Irak sur le front proche du lac Zarivar, à la frontière entre les deux pays. Je l’ai croisé avec sa femme et ses deux filles dans les bains publics de la ville
de Marivan.
Sa fille de 9 ans venait de sortir de la douche. Il a branché le sèche-cheveux et a commencé à la brosser. Elle lui a dit : « Papa tu me fais mal, tu sais pas faire, je préfère que ce
soit Maman qui le fasse ». La mère était sortie chercher dans la voiture, parmi les affaires de camping, un vêtement pour la soeur cadette qui courait partout en poursuivant un ballon
rose.
Il y avait aussi le propriétaire des bains, un kurde d’Irak qui a quitté ce pays il y a plus de trente ans, qui a oublié l’arabe mais qui conserve en persan un fort accent. L’ancien soldat nous
raconte : il a fait ses deux ans de service ici, l’hiver il faisait tellement froid que certains soldats gelaient. Vous vous rappelez, dit-il au vieux kurde dans son costume traditionnel, ce
que l’on mangeait pendant la guerre. Il n’y avait rien. Ah c’était dur…
Il remercie Dieu d’être rentré vivant et en bonne santé de la guerre. Dans son portefeuille il montre sa carte de soldat qui date de l’époque. On lui dit qu’il était beau jeune homme. Sa fille
s’approche, regarde avec curiosité la photo de cet inconnu. L’Etat ne m’a jamais payé ces années de guerre, continue-t-il.
Ce n’est pas la première fois qu’il revient pour des vacances dans la région. La nature est belle, les kurdes sont gentils. Et puis c’est important pour lui, important aussi que sa femme et ses
filles voient cet endroit.
La mère a coiffé la petite de cinq ans en
palmier. Il a fallu lui courir après car elle n’arrêtait pas de s’agiter. L’autre, en vêtements roses de fabrication chinoise, s’amuse à danser comme dans les clips de MTV. Le propriétaire des
bains souhaite faire payer seulement deux entrées sur quatre à la famille. Ils refusent : non, j’ai la chance d’avoir une bonne situation à Téhéran, dit le père, cet argent vous est plus
utile. Le vieil homme prend les billets et les porte à son front. La famille se dirige vers la voiture pour aller profiter une soirée encore d’un pique-nique et d’une nuit sous la
tente.
Par Silouane
0
-
Recommander
Dimanche 15 juin 2008
7
15
06
2008
00:00
Par Silouane
0
-
Recommander
Samedi 14 juin 2008
6
14
06
2008
00:00
Le mardi 3 juin 2008, l’Iran célébrait le souvenir de la mort de l’Imam
Khomeiny. Dans les rues du pays, au fronton de toutes les administrations, des affiches portaient haut l’homme et ses paroles. Le mardi 3 juin marquait aussi le début d’une série de cinq jours
fériés, occasion pour les Iraniens de partir en tourisme intérieur.
Sanandadj, chef-lieu de la province du Kurdistan, 22h30. La ville est aux pieds d’une montagne. Une route y serpente, on admire en grimpant les lumières de la ville. Il y a une file ininterrompue
de voitures et sur le bord de la route partout des voitures arrêtées. Ce sont des familles, des groupes d’amis, ils installent un tapis de pique-nique, ouvrent grand les portes de la voiture et
poussent l’autoradio à fond. Pris entre les lumières des étoiles et celles de la ville, le flanc de la montagne est devenu boite de nuit au rythme des danses kurdes et de la pop iranienne.
Marivan, lac de Zarivar, à quelques kilomètres de l’Irak, 12h30. Une famille kurde a garé sa Peykan sur un chemin de terre au bord du lac. Hommes et femmes sont en costume traditionnel, le tapis de
pique-nique est déplié, l’eau chauffe sur le réchaud à gaz. Debout en chaussettes sur le tapis, ils dansent pendant plus d’une heure une farandole au rythme lancinant de la musique traditionnelle.
L’homme qui mène la danse agite de sa main libre un foulard rouge. Une des femmes, trop âgée, les regarde en préparant le repas.
Route entre Sanandadj et Marivan, 18h30. Dix hommes
ont garé deux Peykan juste au bord de la route. Ils forment une farandole ; quelques minutes de récréation sur la route de montagne. Les voitures qui les dépassent leur adressent des coups de
klaxon de sympathie auxquels ils répondent par de grands mouvements de bras et des éclats de rire.
Par Silouane
1
-
Recommander
Jeudi 12 juin 2008
4
12
06
2008
00:00
Kerman, mai 2008
Qechm, avril 2008
Kerman, mai 2008
Qazvin, avril 2008
Kerman, mai 2008
Kerman, mai 2008
Yazd, avril 2008
Par Silouane
1
-
Recommander
Mardi 10 juin 2008
2
10
06
2008
00:00
Ces poussins sont teints afin d’amuser les enfants. On les vend dans le bazar de Kerman (photo), dans les rues de Téhéran et
d’ailleurs. Le vendeur met le poussin dans un sachet en plastique pour que l’acheteur le ramène à la maison. Le poussin devra ensuite survivre à l’excitation de l’enfant et de ses frères et sœurs
face au nouveau jouet et à la pression mal contrôlée de leurs doigts.
Par Silouane
2
-
Recommander
Dimanche 8 juin 2008
7
08
06
2008
00:00
Si beaucoup de jeunes Iraniens ont les yeux tournés vers les
Etats-Unis et l’Europe, certains les portent aussi vers l’Est. J’ai rencontré à plusieurs reprises des jeunes filles revenant d’un voyage en Inde, comme les jeunes Français reviennent de Croatie
après les vacances d’été.
L’Inde n’exige pas de formalités contraignantes pour les ressortissants iraniens, le niveau des prix est nettement inférieur à celui de l’Iran et la destination est exotique. De plus l’Inde ne
restreint pas l’accès aux chambres d’hôtel pour les femmes seules, contrairement à l’Iran qui limite ainsi les possibilités de tourisme intérieur pour les femmes indépendantes. Alors les jeunes
filles des milieux intellectuels aisés prennent leur sac à dos, enlèvent leur foulard et vont parcourir les routes de l’Inde. Les garçons : tant qu’ils n’ont pas fait leur service militaire,
ils n’ont pas de passeport et ne peuvent donc pas sortir de leur pays.
Au retour de voyage, ces jeunes filles s’étonnent de l’hospitalité et de la gentillesse des Indiens comme nous nous étonnons de la leur, elles admirent leur capacité à supporter la dureté de leur
vie ainsi que nous le faisons à leur sujet, elles ramènent des pantalons bouffants et de longues jupes bariolées qu’elles portent dans les soirées téhéranaises.
Par Silouane
1
-
Recommander
Jeudi 5 juin 2008
4
05
06
2008
09:28
A Kerman, la place Ganj Ali Khan est sise au coeur du bazar. Elle est entourée d'une
galerie surmontée d'arcades dans laquelle sont des commerces. L'intérieur de la place, de la taille d'une piscine olympique, est composé de quatre espaces verts rectangulaires et d'un bassin.
J'étais sur l'un d'eux en milieu d'après-midi. Au premier plan de mon champ de vision, des brins d'herbe, ensuite un groupe de femmes, puis des arbres et un portail orné de faïence bleue.
Les femmes portaient sous leur tchador noir des vêtements chatoyants. Assises sur la pelouse, elles négociaient le prix d'une paire de ciseaux avec un enfant vendeur des rues. Elles me regardaient
parfois avec un dédain mêlé d'intérêt. Leur regard avait la dureté et la fierté de ceux que l'on prête aux gitanes.
La négociation des ciseaux a duré plus de vingt minutes. La femme la plus jeune, dans ses vingt ans vêtue de bleu, renvoyait le garçon tandis que la plus vieille, de l'age de sa mère, le rappelait.
Deux étudiantes se sont assises sur un banc à quelques mètres, elles ont regardé la scène avec curiosité et répulsion. On leur a répondu un regard de mépris.
Je me lève :
- Excusez moi, puis-je vous poser une question? Vos vêtements sont très beaux, d'où viennent-ils? Pourrais-je vous prendre en photo?
- Hors de question!
Un peu de conversation s'engage tout de même. J'apprends qu'elles sont baloutches et que leurs vêtements s'achètent à Zahedan (environ 200 euros l'ensemble). Elles apprennent que je suis français
et que je vis à Téhéran.
Vingt minutes plus tard, je les revois sur la place Ganj Ali Khan. La jeune fille en bleu, la plus autoritaire, s'avance vers moi. "Vous pouvez prendre une photo de mon amie, mais seulement ses
vêtements, pas sa tête". Cette dernière, entre 20 et 30 ans, fait quelques pas, soulève son tchador et pose. La photo reçoit l'approbation des trois femmes.
Par Silouane
1
-
Recommander